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L’Editorial: Portons la contradiction

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Traoré Moussa

 

Un imam nommé Aguib Touré a été mis aux arrêts le 3 juillet 2018 par la Direction de surveillance du territoire (DST) à Abidjan. Le procureur de la République, Richard Adou, a retenu contre lui, le 13 juillet, les chefs d’accusation d’appel à « la haine et à la discrimination tribale et religieuse, ainsi qu’à la discrimination scolaire ».

Pour le Procureur, ces propos « tenus de façon répétitive tombent sous le coup de la loi réprimant le terrorisme, votée en Côte d’Ivoire, en juillet 2015». L’interpellation de cet imam pour ses prêches indécents abondamment relayés sur les réseaux sociaux a ému l’opinion nationale parce que  la mise aux arrêts d’un guide religieux n’est pas chose courante et reste une action de nature à émouvoir. Mais, quand on épluche ce dossier sans passion, on réalise que l’imam Aguib Touré a poussé trop loin le bouchon. Tout ce qu’il raconte repose sur son inculture. Il énonce que le régime a augmenté le coût du pèlerinage à la Mecque alors qu’il n’en est rien. Rien que de l’Intox. Pendant qu’en Côte d’Ivoire le coût du Hadj est bloqué à 2 millions de francs depuis plusieurs années, chez  tous ses voisins, on est largement au-delà de ce montant. A titre comparatif, au Sénégal, les musulmans payent 2 millions 600.000 francs CFA.  Au Mali,  le hadj 2018 est à 2.363.000 F Cfa.  Au Burkina Faso, chez les hommes intègres, on paye 2.285.000 FCFA F CFA. Au Togo, on paye 2.100.000f. Au Benin,  les pèlerins déboursent  2.190.000f Cfa. Au Gabon  les musulmans payent 2.333.270 F Cfa.  On le voit bien, entre la Côte d’Ivoire et les autres, y a pas match. C’est ce discours qu’il aurait fallu tenir dans toutes les mosquées pour démonter les fausses assertions de l’Imam Aguib Touré. Il est encore dans le faux lorsqu’il demande que les musulmans n’inscrivent jamais leurs enfants dans les écoles catholiques. Des arguments existent pour démontrer la vacuité de ses propos car les faits et les exemples foisonnent, attestent que les thèses obscurantistes défendues par cet imam ne valent pas le poids d’un duvet.

Il a été simplement mis aux arrêts et bénéficie même d’un avocat pour le défendre. Pour moins que ça, dans ce même pays, durant les heures de braise, des imams ont été atteints dans leur intégrité physique et ont définitivement rangé leur livre saint. Dans ce même pays, des militaires sont allés prendre le général Guei Robert dans la maison de Dieu, à la cathédrale Saint Paul du Plateau pour l’exécuter froidement. Aucun de ses coreligionnaires, fût-il guide religieux ou simple brebis n’a osé lever le petit doigt pour dénoncer un crime qui a pour point de départ un lieu de culte. Peut-être qu’à cette époque l’imam Aguib et consort n’étaient pas encore nés. Ces guides religieux doivent savoir raison garder et ne pas pervertir la liberté de parole que leur offre la République. Ils peuvent ne pas aimer le pouvoir en place, c’est le droit. Mais, ils n’ont pas le droit de raconter des fadaises dans les lieux de culte. S’ils ont envie de descendre dans l’arène politique, qu’ils se débarrassent de leur manteau de religieux pour un combat loyal.

Cet homme ne mérite pas que la justice se saisisse de ses hérésies. D’ailleurs, son emprisonnement apparaît comme du pain béni pour les adversaires politiques qui s’en délectent,  surtout dans les milieux analphabètes.

 

Traoré Moussa

 

 

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