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L’Éditorial: Non à l’indignation sélective

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Traoré Moussa

Pendant que les militants du Rassemblement des houphouetistes pour la paix (Rhdp) faisaient le plein du stade Houphouët-Boigny le 26 janvier, Henri Konan Bédié et ses militants étaient en meeting à hôtel de la Paix de Daoukro.

Si à Abidjan, Alassane Ouattara s’est contenté de rappeler la récente histoire du pays et du Rhdp, de rappeler les actions de mal gouvernance qui ont déchiré le tissu social, Bédié lui a choisi de traîner son désormais principal adversaire dans la boue. Sans sourciller, il a qualifié Ouattara et les siens de «détourneurs de deniers publics».

Pour lui, c’est le riz, l’huile et le chiffon (le pagne) qui ont permis d’obtenir cette grande mobilisation qui donne des crises d’urticaires. En d’autres termes, sans ce riz et l’huile, les militants n’auraient pas répondu à l’appel du Rhdp et fait le plein du Félicia. Quelle méchanceté gratuite!

De mémoire de journaliste, c’est la première fois que nous voyons le président Bédié descendre aussi bas dans l’invective. Auparavant, c’est à ses suiveurs qu’il laissait le soin de déverser les insanités sur ses adversaires politiques. Hélas ! Le mal est fait.

La réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre. Camara Kandia et ses sœurs sont montées au créneau pour rappeler le président du Pdci à l’ordre. Il n’en fallait pas plus pour soulever l’ire des faux moralisateurs de la République qui, à bras raccourcis, ont brocardé la ministre de l’Education nationale.

Excédée, le député de Tingrela, Mariam Traoré, est aussi descendue dans la poubelle pour remonter les bretelles à une militante du Pdci. C’est vrai, l’élue de Tengrela est allée trop fort en-dessous de la ceinture et s’en est même excusée plus tard.

Mais, on aura tout entendu. Ceux qui se délectaient des injures de Bédié contre Ouattara sont subitement indignés. Une indignation sérieusement sélective qui en dit long sur le degré de haine de l’Ivoirien pour l’Ivoirien.

En effet, depuis la fin  du mémorable rassemblement du 26 janvier, les adversaires de Ouattara, ressuscitant les vieux démons de la haine et de la division, ont envahi les réseaux sociaux pour indiquer que ce sont des cars venus de Guinée, du Mali et du Burkina Faso qui ont permis de remplir le stade Houphouët-Boigny.

Autrement exprimé, pour eux, les centaines de milliers de personnes qui ont envahi le Félicia et ses alentours sont des «boyorodjans», c’est-à-dire des « gens venus d’ailleurs », bref des étrangers qui n’ont aucun lien avec la patrie ivoirienne.

Depuis la fin du meeting du Rhdp, aucun moralisateur de la République n’a jugé utile d’interpeller les tribalistes haineux qui détiennent le titre foncier du pays sur leurs dérives langagières.

Quelle différence y a-t-il entre celui qui traite publiquement, sans respect et avec insolence, le président de la  République de son pays de « détourneur de deniers publics » et celle qui utilise un langage grossier à l’encontre d’une autre femme ? C’est blanc bonnet, bonnet blanc. Ces injures ont le même degré de petitesse. Si on condamne l’un, il faut forcément condamner l’autre. Si on n’a pas condamné l’un, on est très mal placé pour condamner l’autre.

Ces injures font mal et blessent au même degré. Aucune n’est moins douloureuse que l’autre. La leçon qui se dégage est que nul ne détient le monopole de la violence. Qu’elle soit verbale ou physique. Respectons-nous mutuellement. Le pays s’en porterait mieux.

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