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L’Éditorial: Le bon discours

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Traoré Moussa

 

Ils sont nombreux les Ivoiriens qui croient naïvement que ce sont les pressions tous azimuts qui ont amené le Président Alassane Ouattara à amnistier Simone Gbagbo et tous les détenus de la crise postélectorale. L’écrasante majorité de ceux qui pensent ainsi se recrute parmi les frontistes.

Mais ils se fourvoient lourdement. Cette fausse assertion a amené les personnes libérées à ne pas remercier leur bienfaiteur Alassane Ouattara. Fort heureusement, samedi à Moossou, l’ex-Première dame Simone Gbagbo a donné le ton en disant enfin merci au Président de la Côte  d’Ivoire. Elle a également témoigné sa gratitude à ceux qui l’ont assistée durant sa détention, bottant ainsi en touche les légendes répandues dans les cercles de la Refondation selon lesquelles elle était maltraitée par «les gens qui boivent le sang». Paroles de madame Gbagbo : «remerciements à la ville d’Odienné, aux hommes d’Odienné, j’y ai vécu  pendant trois ans et demi dans la maison du général Youssouf Koné. Je n’ai pas été malade. Remerciement au ministre Diakité Coty qui a été mon élève et qui m’a traitée comme on traite sa maman pendant qu’il était maire. Merci au couple Burkinabè qui a pris soin de moi malgré les menaces de quelques personnes. J’ai eu la chance d’avoir à Odienné ma sécurité confiée à des FRCI. Ils ont bien veillé sur moi. Acceptons de pardonner. Dieu nous aime et a besoin du peuple de Côte d’Ivoire…». On peut le dire, ceci est le bon discours.

Si les autres militants du FPI pouvaient  s’inscrire dans la voie de la réconciliation et du pardon mutuel, ils obtiendraient plus vite qu’ils ne le croient leur réintégration totale et la réparation de certains dommages liés à la guerre de 2010. Si le ministre Lida Kouassi qui a embouché la trompette de la haine de l’Ivoirien pour l’Ivoirien depuis sa sortie de prison, pouvait entendre ce nouveau message de Mme Gbagbo, le pays s’en porterait mieux. Le moment de faire la politique est arrivé pour le FPI. Dans la défiance permanente et la négation de tout ce que Ouattara entreprend, la Refondation n’obtiendra rien. Houphouët-Boigny a enseigné à son héritier Alassane Ouattara que tout peut s’obtenir dans l’ordre et la discipline. Absolument tout. Mais d’abord et avant tout, les Refondateurs doivent se remettre en cause, identifier leur part de responsabilité dans leur malheur, et reconnaître leurs erreurs pour avancer. Le boycott actif et massif de tout ce que fait Ouattara n’apportera que malheur aux frontistes. Aujourd’hui, le désir de vengeance habite de nombreux militants du FPI.

La tentation est même très grande de s’allier au PDCI pour espérer terrasser Ouattara et son parti. Mais ce n’est pas certain que cette hypothétique nouvelle alliance puisse atteindre le résultat escompté. Guikahué l’a dit, un plus un en politique ne font pas forcément deux. Étant entendu que nul ne cherche à jouer les seconds rôles, forcément naîtront de nouveaux antagonismes au sein des nouveaux alliés.  Et vu qu’aujourd’hui celui qui tient le canari s’appelle Alassane Ouattara, le parti de Gbagbo doit réfléchir avant de s’engager.

Le désir de vengeance peut conduire à des erreurs irréparables. C’est connu, l’objectif numéro un du FPI aujourd’hui est la libération de Laurent Gbagbo. Or, dans la situation actuelle du pays, la seule personne qui peut donner un vrai de coup main aux Refondateurs pour cette quête est sans aucun doute le Président Ouattara. Mais cela passe par le rétablissement de la confiance, du respect de l’autorité et du pardon. Le parti de Gbagbo a le choix entre fraterniser avec Ouattara pour en faire un ami ou continuer de dénigrer avec le risque de durcir son cœur. Et l’amener à regretter son ordonnance du 6 août.

 

Traoré Moussa

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