Accueil POLITIQUE Interview / Affi N’Guessan (Président du FPI) : «Conclure une alliance FPI-PDCI est un objectif stratégique que nous visons»

Interview / Affi N’Guessan (Président du FPI) : «Conclure une alliance FPI-PDCI est un objectif stratégique que nous visons»

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A quelques jours du 4ème Congrès de son parti, Pascal Affi N’Guessan s’est ouvert à L’Expression pour cracher ses 4 vérités à Sangaré Abou Drahamane et les frondeurs de son parti.

La dernière fête de la liberté que vous avez organisée à Yopougon a connu une grande  mobilisation des militants du Front populaire ivoirien. Aujourd’hui, pouvez-vous nous dire ce qui a favorisé cette mobilisation exceptionnelle ?

Il y a deux éléments. Il y a d’abord le temps qui a permis aux militants de sortir progressivement du sentiment de découragement qui les avait envahis après les graves évènements de 2010-2011. Le temps a donc pansé les blessures. L’autre élément est le travail de mobilisation que nous avons entrepris sur le terrain, puisque nous ne sommes pas restés assis. Moi-même dès que je suis sorti de Bouna, j’avais commencé  un travail de remobilisation des militants sur le terrain. Nous avons apporté la compassion à toutes les familles qui ont été frappées par la crise post-électorale. Nous avons prôné un discours de rassemblement pour que nous puissions continuer la lutte. Malgré la crise interne qui est survenue au même moment, nous avons continué ce travail. Nous avons continué de faire vivre le parti. Nous avons même lancé une grande opération de reconstruction du parti que nous avons baptisée «N’Zrama». Il s’agissait de créer une constellation de structures sur l’ensemble du territoire national. L’objectif était de créer 35.000 comités de base, regroupés autour de 7.000 sections. C’était un travail de reconstruction totale du parti dont le premier résultat a été observé à Yopougon à l’occasion de la fête de la liberté dont vous parlez.

Malgré ce satisfécit certains de vos camarades de la fronde ont affirmé que vous avez été financé par le pouvoir. Des sources font état de 25 millions F Cfa que vous auriez reçus pour organiser cette manifestation. Quelle est la vérité ?

Ce sont des histoires. Que ceux qui font ces affirmations apportent des preuves de ce qu’ils disent. Nous avons financé cette mobilisation nous-mêmes. Pour que le parti ait la capacité de se mobiliser, nous avons découpé le territoire en districts. Et chaque Vice-président était responsable de la mobilisation dans son district. A l’ouest par exemple nous avons deux grands Districts. Le district du Tonpki qui est tenu par Sia André, un promoteur d’auto-école qui a un minimum de moyens, et le district du Cavally et du Guémon, tenu l’ancien DG du Port Marcel Gossio. Ce sont ces camarades qui font tout, qui puisent dans leurs ressources pour nous aider à mobiliser. Et de toute façon on ne peut pas traîner des gens à Yopougon, si les militants n’étaient pas mobilisés et prêts à participer. On ne les aurait pas vus. On ne peut donc pas parler d’une main occulte. Le pouvoir n’a pas intérêt à nous mobiliser puisqu’il cherche à ne pas avoir d’opposants. Il cherche même à instaurer le parti unique à travers le sort qui est fait au PDCI. Je ne vois pas donc comment un pouvoir peut aider son opposition à se mobiliser, se structurer et se renforcer. En Afrique, c’est une démarche incongrue. Personne ne peut chercher à nier et à minimiser l’effort de nos cadres sur le terrain.

Dites-nous la vérité, d’où sortez-vous les moyens aujourd’hui pour faire fonctionner le FPI ?

A l’heure actuelle, nous avons de plus en plus de difficultés parce que les résultats des élections législatifs n’ont pas été bons. Et le pouvoir applique à la lettre la loi sur le financement des partis. Donc nous n’avons rien.

Cela signifie-t-il que le parti n’est plus financé ?

Pratiquement nous ne sommes pas financés. Vous serez le premier à savoir que nous n’avons que 5 millions F Cfa par trimestre. Parce que nous n’avons que 3 députés. Si le pouvoir veut nous financer, il aurait pu améliorer ce financement. Ce sont eux-mêmes qui l’ont décidé. On peut dire donc qu’on n’a pas de financement. Je voudrais rappeler que quand nous sommes arrivés en 2013-2014, toute l’opposition avait négocié pour qu’il y ait un financement exceptionnel. Le gouvernement a débloqué la somme de 1 milliards F Cfa au profit de tous les partis politiques de l’opposition. Et sur ce milliard, le FPI avait droit à 400 millions F Cfa, et les autres partis de l’opposition, à 600 millions F Cfa. Nous avons pu donc bénéficier de ces financements pendant deux ans (2014-2015). Après les élections législatives de 2016, le pouvoir a trouvé qu’on a fait les élections et qu’on n’était plus dans une situation exceptionnelle. Et c’est par rapport cela que nous n’avons plus que 5 millions F Cfa par trimestre. Vous voyez que le fait de passer de 400 millions F Cfa par an à 20 millions par an, cela fait un écart qui pèse aujourd’hui évidemment sur le fonctionnement du FPI.

Est-ce qu’en tant que ancien Premier ministre, bénéficiez-vous de votre rente viagère ?

Oui, évidemment. C’est un droit. Je continue de toucher ma rente viagère comme les anciens chefs d’institutions. D’ailleurs c’est un peu ça qui permet au parti de faire face aux urgences. C’est dire qu’aujourd’hui ma rente viagère entre intégralement dans le fonctionnement du parti.

L’ancien président Laurent Gbagbo a-t-il légué au FPI, un patrimoine pour lui garantir des lendemains à l’abri du besoin ?

Oui, si on veut parler des hommes, des capacités politiques qu’ils ont pu acquérir auprès du président Laurent Gbagbo. On peut parler aussi de l’organisation et l’implantation du parti dans les consciences des Ivoiriens. On peut parler aussi de ce qui a été fait en termes de moyens de communication. Mais, hormis cela on ne peut pas dire que le FPI est un parti qui a vraiment profité du pouvoir pour se bâtir une fortune.

Pourquoi en tant que président n’aviez-vous pas pensé à cela

Ce n’est pas une question de penser à cela, mais c’est une question de gestion des finances publiques. Ou bien vous détournez l’argent pour constituer votre parti, ou bien vous le financez avec les cotisations et les contributions de vos militants. Cela ne permet pas d’amasser en quelques années une fortune qui peut vous permettre de tenir pendant quelques années.

 

Parlant du congrès que vous comptez organisez les 27 et 28 juillet, pensez-vous pouvoir réitérer le défi de la mobilisation ?  

C’est notre objectif. D’autant que le thème du congrès c’est «Mobilisation et engagement pour la démocratie et pour l’alternance en 2020». Cela veut dire nous restons dans la logique de la mobilisation et de l’engagement pour la démocratie et l’alternance en 2020. Aujourd’hui, c’est notre défi principal. Il faut vraiment remobiliser par rapport à ce que nous avons déjà vécu dans le passé, et aussi par rapport aux échéances importantes de l’avenir notamment les élections de 2020.

Au sein du FPI, est-ce que vous avez la main sur le terrain ?

Oui bien sur. Moi je considère que j’ai encore la main en tant que président du parti. Sinon il y a longtemps que je serais parti de la tête. Si je ne contrôlais pas situation, il y a longtemps que je serais parti. C’est vrai qu’il y a une fronde. Je suppose que c’est à cela que vous faites allusion. Mais vous savez dans tous les partis politiques, il y a des frondes, des contestations, des incompréhensions, etc. Cela fait partie de la vitalité de ces organisations. Mais est-ce qu’avec cela l’organisation s’est écroulée ou elle reste debout et continue son chemin tout en faisant en sorte de surmonter ces divergences. Si c’est le cas on avance. La vie est faite ainsi. Quand vous regardez le pouvoir de  Ouattara, il est balloté à gauche à droite. Est-ce qu’il va s’écouler ou continuer. Ce qui est important c’est de savoir si malgré cela, ce pouvoir continue à travailler. Nous sommes donc dans une dynamique et nous ne considérons pas cette situation comme un drame, cela fait partie de la vie d’avoir des adversités même à l’interne. Cela d’ailleurs fait partie des motivations supplémentaires pour être davantage compétitif.

Justement dans le sens de pouvoir vous donner les moyens de surmonter la crise interne, vous avez reporté le congrès afin de réconcilier les deux camps. Est-ce qu’on peut dire qu’aujourd’hui les deux camps sont finalement réconciliés ?

On ne peut pas dire que la réconciliation est à 100% mais le processus est en marche. En 2017 au moment où on s’apprêtait pour aller au congrès on  n’était pas dans la même situation qu’a l’heure actuelle en termes de rassemblement.

Qu’est ce qui a changé ?

Ce qui a changé c’est que de plus en plus, la base a compris l’intérêt de l’unité. La base a aussi compris qu’elle a été entraînée dans une voie sans issue et que  les arguments qui ont été avancés par nos détracteurs n’étaient pas forcement vrais. Aujourd’hui beaucoup nous ont rejoints, même les animateurs sur les réseaux sociaux et les personnes dans les agoras et parlements sont aujourd’hui dans une dynamique de d’unité. Je citerai seulement un seul exemple. Achille Gnahoré qui  est un grand animateur de la fronde auprès de Sangaré, est avec nous aujourd’hui et il est même engagé dans une opération que nous avons baptisé « Socrate ». Laquelle nous permet d’aller sur le terrain. Nous avons déjà commencé par la commune de Yopougon. Chaque fois que nous partons  dans les quartiers pour sensibiliser il y a des bases de la fronde qui nous rejoignent. Cela veut dire qu’il y a un processus qui est en cours. Ce processus de rassemblement des militants est en cours jusqu’à ce que soit la direction de la fronde, elle-même, bascule dans la logique de l’unité ou alors qu’elle soit totalement vidée de sa substance.

A quel pourcentage pouvez-vous évaluer la participation des pro-Sangaré à ce congrès ?

(Rires) Pour vous dire la vérité, je ne connais pas le nombre des Pro-Sangaré. Il est donc difficile d’évaluer le pourcentage exact. Toutefois, il faut dire  que participer à ce congrès est une chose, adhérer à notre ligne en est une autre. Il y a beaucoup qui viennent adhérer à notre ligne mais ils ne viendront certainement pas au congrès mais ils seront d’accord avec nous partout où nous sommes. Cependant, aujourd’hui, nous pouvons dire que nous avons dépassé la barre de 50 à 60 % en termes de promotion de nos idées et de compréhensions de nos idées. Il faut le rappeler, en 2014, tout Abidjan pour ne prendre que cet exemple nous était totalement hostile. En particulier pour un quartier comme Yopougon. Si on s’y rendait on pouvait se faire agresser. Mais avec le temps comme je l’ai indiqué et avec la campagne de communication que nous avons entamée, on voit que les choses sont en train d’évoluer. 

Combien de fois et par quels canaux avez-vous avez eu des contacts avec Sangaré ?

Sangaré refuse tout contact. Et ce, depuis le début de la crise interne. Ce qui montre pour notre part qu’il n a pas d’arguments. Parce que quand on a des arguments et qu’on veut faire la politique on ne peut pas refuser tout contact. Faire la politique c’est se mettre au service du pays et on ne peut pas se mettre au service du pays si on est arc-bouté sur ses sentiments personnels. C’est tout cela aussi que nous expliquons aux militants et que celui qui aime le FPI et qui souhaite la libération de Laurent Gbagbo ne peut pas être contre l’unité et ne peut pas être opposé à une rencontre ne serait-ce que pour parler du principe de l’unité. On peut ne pas être d’accord sur les modalités mais celui qui n’est pas d’accord sur le principe que le FPI retrouve l’unité c’est qu’il est contre le FPI et contre les intérêts de Laurent Gbagbo.

Honnêtement, dites-nous, est ce que l’émergence d’un nouveau leader ne risque pas de faire oublier, Laurent Gbagbo dans sa cellule de La Haye?

Non pas du tout.

En êtes-vous sûr ?

Est-ce qu’aujourd’hui l’émergence d’un autre leader a fait oublier le président Félix Houphouët Boigny ? L’image et la place d’un leader c’est d’abord dans la conscience des hommes. Et cela découle des actes que le leader a posés. Laurent Gbagbo lui-même dit qu’un homme politique quand il marche, il laisse des traces. Ce sont ses traces qui constituent son image. S’il n’a rien fait on peut même crier son nom tous les jours cela ne dira rien aux gens mais s’il a fait de grandes choses son image restera gravé dans les consciences 0et dans les cœurs.   Alors dire que l’émergence d’Affi N’Guessan est un danger pour Laurent Gbagbo c’est véritablement être soi-même un danger pour le pays, parce que cela veut dire que vous enfermez le pays et vous ne voulez pas que le pays avance. C’est cela la sorcellerie politique. Car chez nous en Afrique, le sorcier c’est celui qui, lorsqu’on l’a mis au monde, fait tout pour que la mère n’enfante plus. Une organisation sans relève cela signifie que le leader a échoué. Ce qui signifie que le leader a des mauvais sentiments, qu’il est arc-bouté sur des intérêts personnels, son existence personnelle et qu’il ferme toutes possibilités à l’émergence. Je crois qu’un bon leader c’est celui qui produit beaucoup de disciples. Et quand vous regardez l’histoire, il y a des leaders surtout dans le monde. S’il n’avait pas eu le travail de Platon et d’Aristote peut être que l’œuvre de Socrate ne serait pas connue puisque ce sont eux qui ont traduits les discours de Socrate. S’il n’y avait pas eu les disciples du Christ peut-être que son message aurait été méconnu par l’humanité. Donc, nous ne sommes là que pour poursuivre la lutte de Laurent Gbagbo et amplifier le message de refondation qu’il a prôné. Je pense que si le FPI disparaît et que d’autres leaders disparaissent, le monde oubliera très rapidement ce que Laurent Gbagbo a été.

Est-ce que vous avez un avis de Laurent Gbagbo concernant votre stratégie qui est de prendre part au jeu politique ?

Ce que je fais en ce moment c’est ce que Laurent Gbagbo aurait fait.

Avez-vous eu son avis ?

L’histoire et son parti même le montrent.

Vous tenez compte de son parcours seulement ? Avez-vous eu son approbation ?

Mais s’il était avec vous ici nous aurons eu son avis mais il n’est pas avec nous, il est enfermé.

Vous envoie t-il des messages ?

Bien sûr, et ces messages disent qu’il faut aller à l’unité.

Récemment un leader de la fronde, en l’occurrence Danon Djédjé, a publié des message de Gbagbo et s’opposant à votre stratégie politique ?

Ce sont des mensonges. Ceux qui sont dans la fronde savent la vérité. Regardez la plupart de ceux qui sont honnêtes quand ils reviennent de la CPI, ils ne parlent plus. Prenez Ago Marthe, elle était l’une des premières à aller à La Haye depuis qu’elle est arrivée, elle s’est mise à l’écart. Elle ne se promène pas pour dire voilà le discours de Laurent Gbagbo. Elle n’est même plus active. Laurent Akoun a été en 2016 à la Haye, lorsqu’il est venu, il est resté muet pendant plus d’une année, c’est seulement ces derniers temps qu’il réapparaît. Parce qu’il sait que ce que Laurent Gbagbo lui a dit.

A votre avis que leur a-t-il dit ?

Il leur a dit qu’il faut aller à l’unité. Si vous savez ce que Laurent Gbagbo pense de ceux là, vous serez surpris.

Ah bon ?

Mais oui, ce n’est pas sur ceux là que Laurent Gbagbo compte. Sinon, il l’aurait fait savoir quand il était au pouvoir. Pendant tout le temps qu’il était au pouvoir est ce que c’étaient toutes ces personnes qui étaient à ses côtés, en  première ligne dans toutes les actions qu’il a développées ? Gbagbo nous connaît tous et il sait qu’il ne peut pas compter sur ces personnes s’il s’agit de promouvoir la ligne du FPI. Le choix de la transition pacifique à la démocratie, le choix du dialogue, le choix de la négociation est un choix idéologique au FPI et chez Laurent Gbagbo. C’est pourquoi je vous dire qu’il aurait fait ce que nous sommes en train de faire s’il était dans notre situation.

Vous avez les comptes de certains de vos militants qui sont encore gelés? Le FPI traverse une tension, Laurent Gbagbo et Blé Goudé sont en prison, des prisonniers de vos camps sont encore détenus. Avec du recul, si 2010 était à refaire, auriez-vous fait pareil ?

Evidemment, on ne l’aurait pas fait tel. Puisque nous avons commis des erreurs. En 2010 nous avons commis de graves erreurs. La première erreur, c’est d’être parti aux élections sans le désarmement.

Alors vous estimez que vous ne seriez jamais partis aux élections sans le désarmement ?

Oui on n’aurait pas dû aller aux élections sans le désarmement car on avait les moyens d’aller au désarmement. La réunification complète et la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national devait d’abord se faire. Je pense qu’en décidant d’aller aux élections alors que les rebelles étaient toujours armés donc les zones CNO, nous avons commis une grave erreur. Et c’est cela qui a été l’une des causes profondes de la crise. Forcement si c’était à refaire, on le l’aurait pas refait. (…) Aujourd’hui nous appelons toujours à la réconciliation, au dialogue inclusif et aux états généraux de la République. Si nous ne mettons pas tout à plat, si nous n’appelons pas toutes les composantes de la République autour d’une table pour qu’on se parle, pour qu’on identifie les points de vue des uns et des autres, les préoccupations des uns et des autres, les zones de divergences afin de pouvoir trouver des compromis, on ne sortira jamais de l’instabilité. On croit pouvoir l’éviter en faisant recours à des mesures économiques notamment s’il ya une bonne croissance, s’il la prospérité, des emplois, alors les gens vont pouvoir oublier leurs problèmes mais s’il y a la croissance et l’emploi il faut qu’il ait de la stabilité.

La présidentielle de 2020 sera précédée des élections locales couplées, prévues le 13 octobre. A quelles exigences ou conditions serez vous prêts à y prendre part ?

Nos exigences sont d’ordre général. Elles vont même au-delà des élections prochaines. Elles concernent le cadre institutionnel des élections. Il faut une commission nationale indépendante qui inspire confiance à tout le monde, qui rassure. Pour le moment ce n’est pas le cas. Il faut un code électoral qui garantisse la transparence du scrutin. Pour le moment ce n’est pas le cas et c’est cela nos exigences. Nous nous réjouissons de ce que cette position soit aujourd’hui partagée par une large portion de la population y compris par les organisations internationales. Le président Alassane Ouattara doit accepter la modification de la loi électorale. Sinon  en 2020 même en 2018 on risque d’aller à des élections tumultueuses. Or, il faut qu’on rompre avec le conflit post-électoral.

Si Laurent Gbagbo, a accepté d’aller aux élections avec cette même CEI, qu’est-ce qui vous autorise à la rejeter ? 

Ce n’est pas parce qu’on va à des élections à un moment donné avec un instrument qu’on n’a pas le droit de demander son amélioration. Si nous voulons que la commission soit indépendante, il faut qu’il y ait des mécanismes qui équilibrent la présence des différentes entités. Pour nous l’équilibre devrait reposer sur trois pieds. Les partis politiques ou coalition au pouvoir, la société civile et l’opposition. C’est ce que nous avons revendiqué en 2015. Aujourd’hui, il y a d’autres schémas qui sont proposés à savoir privilégier d’abord la société civile. Considérez que l’équilibre et l’indépendance doit être illustrée par une présence dominante de la société civile qui est censée être non-partisane.

Vous avez récemment rendu visite au président Bédié. Avez-vous parlé d’une éventuelle alliance avec le PDCI… ?

C’est l’objectif stratégique que nous visons : conclure une alliance avec le PDCI et avec tous les partis politique qui partagent avec nous l’ambition du changement en Côte d’Ivoire. Parce qu’il faut construire une plateforme pour le changement. Compte tenu de la configuration de l’électorat en Côte d’Ivoire, un parti politique ne peut pas gagner seul une élection au premier tour. Il faut toujours envisager une alliance. En tout cas, c’est la situation dans les dix et vingt années à venir. Peut être qu’après ça va changer dans le sens d’une bipolarisation, mais pour le moment, il y a un éclatement. Forcément il faut que les partis se mettent ensemble pour constituer une majorité. Ce sont les acteurs qui doivent construire cette majorité. Le PDCI et le RDR l’ont fait en 2005 à travers le RHDP. Qui a prouvé sur le terrain qu’il n’est pas un instrument idéal pour faire avancer le pays. Il a permis à cette coalition d’accéder au pouvoir, mais il a montré toutes ses insuffisances. Je crois qu’aujourd’hui, le PDCI a tiré les enseignements de cette situation. Les coups qu’il reçoit actuellement montrent bien qu’il a eu tort de s’engager dans cette voie. Mais je crois qu’ils veulent changer leur fusil d’épaule. Je suis persuadé que ça ne peut être que dans le sens d’une nouvelle alliance avec le FPI en particulier et tous les autres partis qui seraient prêts à s’associer à cette coalition du changement.

Est-ce que les frondeurs viendront dans cette alliance avec vous ?

J’espère qu’ils viendront, s’ils sont favorables aux changements, à l’intérieur du FPI ou en tant qu’une formation politique. Mais dans tous les cas, ce qui est important c’est que toutes ces formations politiques soient là et ceux qui sont membres de ces organisations accompagnent l’idée de l’alliance avec le PDCI.

Au cas où la fronde ne voudrait pas vous accompagner, alors vous iriez à cette alliance sans elle ?

C’est ce que nous faisons actuellement. Nous menons les activités du parti sans la fronde. Et ceux qui à un moment donné acceptent de venir, ils viennent et intègrent le mouvement et nous continuons. C’est un train qui est en marche. Chacun monte à la gare qu’il souhaite. D’autres vont descendre, mais le train continue. (…)

On pourrait penser que c’est tout à votre avantage ?

Non, ce n’est pas les avantages personnels que nous recherchons. Nous cherchons des avantages pour la Côte d’Ivoire. C’est pour cela que pour amortir les conséquences de ces actes, il faut que très rapidement une nouvelle alliance se mette en place de manière à ce que le pays soit pris en charge quand le RDR va être à bout de souffle. Il faut construire une alternative. Un pays c’est comme un véhicule. Il faut qu’il y ait une roue de secours pour qu’en cas de crevaison le voyage puisse continuer. Nous devons penser avec le PDCI, urgemment, penser à la formulation d’une nouvelle coalition ou d’une nouvelle plateforme pour la Côte d‘Ivoire.

Si vous n’avez pas encore pu rendre visite à Laurent Gbagbo, du fait des conditions à remplir pour le faire, l’on se demande pourquoi vous n’avez également pas rencontré Simone Gbagbo, qui, elle, est sur place.

C’est la même chose. Ici, le pouvoir ne souhaite pas un tête-à-tête Affi-Simone. J’ai fais la demande par le biais de l’avocat de Simone Gbagbo. Ils ont refusé. J’avais fait la même demande quand j’étais à Touba au cours d’une tournée, alors que Simone était à Odienné. Vous vous rappelez certainement qu’ils ont refusé. Là, les leaders ont même monté les jeunes pour faire des barrages et m’empêcher d’aller à Odienné. Même mes camarades qui sont détenus à la MACA, le pouvoir ne m’autorise pas à aller les visiter. Nous travaillons donc avec des camarades qui peuvent aller à la MACA ou ailleurs. Ce qui nous parait essentiel, c’est comment nous faisons pour que toutes ces situations cessent. Comment nous nous battons pour le changement du pouvoir. Parce que si en 2015, nous avions gagné les élections, personne ne serait aujourd’hui en prison. La solution ultime c’est le changement à la tête de l’Etat.

Si le pouvoir vous empêche de voir Simone et les détenus, quand n’est-il des exilés au Ghana ?

Nous avons des contacts avec les exilés. Nous avons envoyé des missions. Ce n’est pas forcément moi qui règle les problèmes. Il y a des moments où il faut envoyer un vice-président. Ça peut être plus efficace. Parce que souvent ceux mêmes qui doivent vous recevoir ne sont pas suffisamment préparés pour qu’une mission du président produise les résultats escomptés. Il faut donc se préparer. La fronde existe aussi bien ici qu’au Ghana et un certain nombre d’endroit où les gens sont intoxiqués.

 

Lorsque vous aurez réussi le pari de la mobilisation de ce congrès, est-ce que vous laisserez faire le rassemblement de la fronde le 4 août ?

Nous avons eu toujours une attitude de réserve vis-à-vis de cela. Parce que pour ce genre de problèmes il y a deux solutions. La solution de la brutalité ou la solution politique. La solution politique fait appel au sens de responsabilité des militants. Si les militants eux-mêmes comprennent que c’est une opération les entrainant à un engagement sans issu, ils sortiront de cette fronde. S’ils sortent, il n’y aura plus de fronde. Donc nous travaillons d’abord par rapport à cela.

Vous ne prendrez aucune disposition pour empêcher le rassemblement de la fronde alors ?

Je ne peux pas vous dire ce que nous allons faire précisément. Mais au moment où vous m’interrogez, mon sentiment vis-à-vis de la fronde c’est ce que je viens de vous exprimer. Quand ils vont voulu se réunir à Akouré, c’est vrai que nous avons tenté de les empêcher, mais après tout, nous nous sommes ravisés. Quand ils se sont réunis à Gagnoa, cela ne nous a pas empêchés de mobiliser le monde que nous avons réunis à Yopougon. Nous pensons qu’il faut faire son travail et éviter de recourir le plus possible à la violence, parce que le pays a déjà trop souffert de la violence. Et l’image que nous devons à la Côte d’Ivoire ne doit pas être l’image d’un parti violent. Les frondeurs en profitent pour faire ce qu’ils font. Le pouvoir aussi les laisse faire parce que ça l’arrange de voir ce spectacle. Mais nous pensons qu’avec le temps, les militants eux-mêmes règleront le problème et qu’ils se rangeront du coté de  la légalité et de ceux qui travaillent comme ils peuvent pour faire avancer le pays.

 

Sam-Wakouboué

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