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Fête du 1er Mai: Ce que les travailleurs attendent de l’Etat

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Les fonctionnaires de Côte d’Ivoire seront célébrés comme chaque année, le 1er mai. A cette occasion, ils attendent beaucoup de l’Etat même s’ils se disent quasi satisfaits du fait que certaines de leurs préoccupations de l’année précédente ont été prises en compte.

Soro Mamadou,  Secrétaire général de la CSH : «Il est nécessaire de revaloriser l’indice référentiel de base »

Le 1er mai reste pour la Centrale Syndicale humanisme (Csh), un jour assez important pour faire entendre ses préoccupations. Même si cette structure reconnaît que beaucoup a été fait, son leader, Soro Mamadou avoue que de nombreuses requêtes demeurent. Il s’agit notamment de la  pénurie d’eau au niveau national, et récemment dans la ville de Bouaké. Une situation qui perdure depuis plus de deux semaines. Les autorités doivent rapidement résoudre ce problème afin de soulager les populations de la région du Gbekê. A côté de cela, il y a  la question de la création de la Maison du Travail (Chambre consulaire) : C’est une exigence pour assurer l’encadrement des travailleurs, ceux-là mêmes qui produisent les richesses : La maison du travail sera le lieu où les Centrales, arrivées en tête des élections professionnelles, pratiqueront l’activité syndicale, c’est-à-dire : La formation syndicale et ouvrière des structures de base ; le renforcement de capacités ; la mise en place de curricula de formation ;

L’encadrement de la négociation collective ;  la conduite des projets sociaux ; – L’organisation d’une bibliothèque statistique sur les travailleurs par compartiments.  «Pour ses missions, la Maison du Travail doit bénéficier d’un financement de l’Etat, à hauteur de dix (10) milliards de francs CFA. La gestion de cette institution sera exclusivement assurée par les Centrales syndicales déclarées majoritaires, à l’issue des élections professionnelles ou sociales », soutient le Secrétaire général de la Centrale. A cela il adjoint la    mise en place immédiate et urgente de la Commission Tripartite Gouvernement-BIT-Centrales en vue de la signature de toutes les conventions relatives à la protection des travailleurs. Soro Mamadou évoque également la mise en place d’une complémentaire maladie obligatoire au profit des travailleurs des PME/PMI et des salariés à la retraite, par le biais de la Mutuelle des travailleurs et des retraités du privé (Mutrepci). Pour les fonctionnaires et agents de l’Etat, M. Soro plaide pour la revalorisation de l’indice référentiel de base.

«L’indice référentiel de base, de 233.45 F qui sert de référent pour le calcul des salaires, date de 1973. Soit depuis 45 ans. Or, pour tenir compte de l’inflation, cet indice devait être majoré tous les deux ans. Mais depuis 45 ans, nous en sommes toujours au 233.45F, comme taux d’indice référentiel de base. Revaloriser cet indice dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, est un impératif de portée sociale », explique le SG.  Pour les fonctionnaires et agents de l’Etat du secteur de la santé, les travailleurs attendent  l’application du décret n° 2016-1141 du 21 Décembre 2016 modifiant et complétant l’annexe au décret n° 2015 – 432 du 10 juin 2015 portant classification des grades et emplois dans l’administration de l’état et dans les établissements publics nationaux en organisant effectivement les concours des ingénieurs des services de santé cette année 2018 notamment les options suivantes : Préparateur et gestionnaire en pharmacie ; Biologie médicale ; Hygiène et assainissement ;  Imagerie médicale.

«L’organisation régulière des concours professionnels sera une source  permanente d’émulation et de perfectionnement des Ressources Humaines de la Santé, nécessaires à la mise en œuvre du Plan national de développement sanitaire (PNDS) et de la Couverture maladie universelle (CMU), pour le seul bénéfice d’un système de santé plus efficace et performant », explique le syndicaliste qui y ajoute la nécessité de l’octroi des 150 points d’indice à tout le personnel soignant. Les personnels soignants ont été ignorés dans l’octroi des 150 points d’indice à tous les fonctionnaires de catégories B à A et de 100 points aux catégories D à C depuis 2017 et le décret ayant pris effet en 2018. En effet les 150 points octroyés au personnel soignant en 2015, étaient le fruit d’une négociation entre les syndicats de la santé et le gouvernement et le résultat de la réparation d’une injustice faite à ces agents. Et le Président de la république S.E.M Alassane Dramane Ouattara l’a signifié dans son allocution lors de l’inauguration de l’hôpital de Gagnoa le 4 mars 2013 :

« … A tous les professionnels de la santé, je voudrais vous dire que j’ai pris la pleine mesure de vos conditions de travail, qui sont particulièrement difficiles et de l’iniquité dans votre secteur. Nous allons réparer cette injustice qui a été faite au secteur de la santé ».  L’injustice étant réparée en 2014, nous constatons qu’en 2018 cette injustice renaît avec les nouvelles dispositions de bonification indiciaire à tous les fonctionnaires, sauf les personnels soignants.  «Vivement que cette injustice créée à nouveau, soit réparée définitivement au bénéfice d’un système de santé plus performant, engagé sur le chemin de l’émergence », souhaite la CSH. Pour les personnels d’éducation spécialisée de Côte d’Ivoire  L’octroi d’une indemnité contributive au logement des Maîtres d’Education spécialisée (qui en ont été injustement retirés) par la modification de l’annexe II du Décret n° 93-880 du 17 novembre 1993 déterminant le droit au logement ou à une indemnité contributive au logement en faveur de certains fonctionnaires et agent de l’Etat. Bien d’autres problèmes demeurent.

 

Traoré Dohia, secrétaire général de la Fédération des syndicats autonomes de Côte d’Ivoire (Fesaci)

«Nous sommes satisfaits mais beaucoup reste à faire…» 

Au niveau du secteur public, je puis affirmer avec satisfaction que certaines revendications de l’année dernière ont été prises en compte. Surtout avec tous les agissements qui ont été faits par les différents corps professionnels, qui ont motivé la grève des fonctionnaires revendiquée par trois organisations  dont la Plateforme des fonctionnaires, l’Intersyndicale et autres. Il faut dire que ces préoccupations ont été toujours été portées à la connaissance du Chef de l’Etat par les centrales syndicales. A défaut que le gouvernement réponde de façon favorable, ces différentes coordinations en ont fait leurs problèmes à elles. Je voudrais ajouter que ces syndicats organisés en coordinations sont membres des différentes centrales syndicales. Par contre, certaines grandes préoccupations demeurent, notamment la réforme du statut général de la Fonction publique  dont les travaux ont démarré effectivement lors du forum social de 2012 qui a eu lieu à Bassam. Mais le travail n’est pas achevé car les syndicats ont fait leurs revendications et amendements.

Dans le statut général de 1992, certains emplois comme le secteur éducation formation, santé et bien d’autres n’ont pas été pris en compte jusqu’au grade A7. Or, dans cette réforme, les enseignants du secondaire, du primaire et les agents de la santé peuvent aller en A7 et de nouveaux emplois ont été créés. Et le deuxième élément important dans cette réforme, c’est que tous les fonctionnaires ont droit à un profil de carrière. Sur les questions de portée générale également, il y a la question de la cherté de la vie, l’augmentation du prix de la baguette de pain et du riz. Malheureusement, lorsque le ministère du Commerce annonce des contrôles, tous les commerçants se mettent en règle et toutes les bascules sont justes. Il y a aussi la question de l’augmentation interminable de l’électricité et de l’eau.

Il faut que ces coûts soient revus à la baisse notamment pour les ménages à revenus faibles ou ce qu’ils appellent tarifs domestiques. On avait eu la promesse du Chef de l’Etat que ce secteur serait privatisé afin de permettre la concurrence mais jusqu’à ce jour, nous n’avons pas eu de réponse favorable. En ce qui nous concerne, il y a  la difficulté qu’éprouvent les travailleurs pour se rendre sur leurs lieux de travail. Il y a quelques années, il y avait une volonté politique de transférer la capitale politique à Yamoussoukro mais rien n’a été fait et au contraire la ville d’Abidjan est saturée. Ce transfert pourrait décongestionner la ville d’Abidjan et permettrait de diminuer les embouteillages et augmenter la production économique.  Au-delà, il y a aussi la question des infrastructures car si la route précède le développement, il serait nécessaire de réhabiliter les routes de Bouaké, de Yamoussoukro, de Kananwolo, Niakara car ce sont des routes internationales qui desservent le Niger, le Sénégal, le Mali, le Burkina. Et cela, pour la sécurité des biens et des personnes.

Côté sécurité, il y a aussi la question des microbes qu’on a décidé d’appeler dorénavant «  les enfants en conflits  avec la loi » ; mais peu importe l’appellation qu’on leur donnera, ils continuent de commettre trop de sévices sur les populations,  comme si le terrorisme n’était pas suffisant. Sans compter les attaques dans les villages, sans qu’on ne sache qui attaque réellement, tout cela crée une véritable psychose. A présent, je voudrais évoquer le secteur privé surtout l’agro-industrie qui utilise le plus grand nombre de travailleurs environ 10 milles travailleurs. Ils sont dans les cultures tropicales, l’hévéaculture. Malheureusement, les travailleurs sont payés comme les travailleurs agricoles. Or, ce sont des entreprises d’agro-industries. Nous demandons que le Smag qui est de 35.000 Fcfa soit calculé au même montant que le Smig qui est de 60.000 Fcfa. Il y a un secteur dont je voudrais parler qui est l’enseignement privé  dans le secteur Education nationale.  Ces enseignants du privé sont payés au jour le jour, ce que nous déplorons.

Il y a une convention interprofessionnelle qui concerne ces travailleurs. Nous demandons simplement que cette convention soit respectée. Enfin, nous constatons que certains investisseurs de nationalités différentes comme les Libanais, les Chinois, les Pakistanais et autres emploient des travailleurs depuis 10 ans ou six ans  mais qui n’ont pas de statut. Ils vont même jusqu’à frapper les travailleurs, nous déplorons cela. Nous gardons donc l’espoir que le gouvernement va être très regardant sur ces secteurs d’activité. Bonne fête à tous les travailleurs.

Gnagna Zadi, Président de la Plateforme des fonctionnaires

En fin d’année 2016 et en début d’année 2017, les fonctionnaires ont fait une lutte de près d’un mois pour revendiquer l’amélioration de leurs conditions de vie  et de travail. Un accord portant sur les revendications et sur la trêve sociale a été conclu avec l’Etat le 17 août 2017. Depuis le mois de janvier 2018, la mise en œuvre des points d’accords a effectivement démarré par le paiement des 100 et 150 points d’indices pour 41 milles fonctionnaires non bénéficiaires d’une grille particulière, le paiement du Stock des arriérés toujours en cours, l’intégration des journaliers  à la Fonction publique et la mise en œuvre de la Réforme de la pension de retraite avec des lenteurs certes. Nous pouvons donc dire aujourd’hui que nos attentes de 2017 ont été comblées.

Il faut dire que c’est le 1er mai 2017 que le président de la République avait donné instruction au Premier ministre d’engager les négociations avec les organisations syndicales afin de trouver une solution aux préoccupations des fonctionnaires et par ricochet un accord sur la trêve sociale. Nous disons merci au Président de la république et nous félicitons le Premier ministre. Le seul point où nous restons encore sur notre faim, c’est la question des libertés syndicales notamment la situation de nos camarades de Korhogo et de Boundiali qui jusqu’à ce jour n’ont pas été réintégrés à leurs postes malgré l’article 4 du document sur la trêve sociale qui stipule que dès signature des accords, le gouvernement s’engage à lever toutes les mesures de rétorsion qui ont frappé les fonctionnaires lors de la grève de janvier 2018. Nous attendons la mise en œuvre effective de ce point pour ne pas remettre en cause  la trêve sociale si chèrement acquise et à ce jour respectée par les fonctionnaires. Nous ne comprenons pas le refus du ministère de l’Education nationale d’appliquer ces accords et nous souhaitons que le 1er  mai, le président de la République prenne les bonnes décisions dans le sens de la Trêve sociale en permettant à nos  camarades de retrouver leurs postes de travail.

Ils ont leurs salaires, c’est une bonne chose, mais ils ont subi des tracasseries administratives qui font qu’ils ne peuvent produire aucun document administratif ou un dossier de prêt bancaire, ce qui est important pour tout fonctionnaire. Nous voulons dire aux camarades que la Trêve sociale n’est pas la fin de la lutte syndicale bien au contraire. Les ministères techniques aussi doivent comprendre qu’ils ne doivent pas utiliser le prétexte de la Trêve sociale pour ne pas résoudre les problèmes sectoriels et je les exhorte d’ailleurs à mettre des cadres de dialogue social dans leurs ministères pour prévenir les crises. La Plateforme a dressé pour les années à venir, sa liste de revendications à savoir la revalorisation de l’indice référentiel de base bloqué à 233,45 depuis 1961, la revalorisation des accessoires et aussi le déplafonnage de la grille de promotion ainsi que le paiement des arriérés du blocage  de 1988 et la révision du système d’imposition des salaires en Côte d’Ivoire, pour ne citer que ces points. Bonne fête de travail aux fonctionnaires et agents de l’Etat de Côte d’Ivoire, et c’est unis et solidaires dans la lutte que nous vaincrons.

Napargalé Marie

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