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Entretien intégral/Coronavirus: l’OMS prévient la Côte d’Ivoire

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Dans le cadre de ses activités, l’Association de la presse étrangère en Côte d’Ivoire (Ape ci) a reçu le jeudi 4 mai 2020 sur sa plateforme d’échanges Whatsapp dénommée « Foreign press News » le Représentant de l’Organisation Mondiale de la Santé en Côte d’Ivoire, Dr Jean-Marie Vianny YAMEOGO.

Lire l’intégralité de l’interview

APECI : « Comment expliquez-vous la hausse importante du taux de positivité en Côte d’Ivoire ces derniers jours ? Est-ce que les restrictions ont été levées trop vite selon vous ?»

  • Le Représentant de l’OMS Côte d’Ivoire : « Nous expliquons la hausse sur deux facteurs. D’abord il y a l’augmentation de l’assiette de dépistage. Comme je le disais au départ on est parti sur des dépistages dans les structures de santé volontaire hôpitaux, centre de santé (privées ou publiques). Nous sommes passés de ces structures publiques et privées volontaires à des dépistages communautaires avec la mise en place dans l’ensemble des communes de la ville d’Abidjan de centre. Vous voyez qu’on a augmenté l’assiette de dépistage. C’est un premier facteur. Le deuxième facteur, c’est que les gens commencent à épouser en plus la maladie. Et de plus en plus, nous avons des volontaires qui demandent à connaître leurs statuts. Et également avec les sujets contacts, autour d’un cas positif, on s’attend au minimum à 10 sujets contacts. Tout cela, avec l’échantillon qu’on a fait, le sujet contact le nombre grossi de jour en jour. En ce sens que l’OMS a mis en place avec d’autres partenaires, ce que nous appelons les agents volontaires à travers la ville d’Abidjan. Ce sont des volontaires de tout bord, ce sont des centaines qui vont dans la ville et qui suivent les sujets positifs d’une part mais aussi ils sensibilisent au sein des communautés. Ces agents traceurs nous amènent énormément de personnes dont ils font faire les tests. Et tout cela mis ensemble ; l’augmentation, la disponibilité des centres de tests, la sensibilisation, fait que on a beaucoup plus de cas à tester. Donc ça fait que le nombre cas semble augmenter. Le réseau de laboratoire est également étendu.
  • Effectivement les mesures de restriction si elles étaient strictement suivies par le maintien des mesures barrières, n’y a pas de problème. Mais malheureusement, les mesures de restriction ont été interprétées dans certaines communautés comme étant la fin de la pandémie. Ça fait que nous avons un relâchement dans l’application de ces mesures barrières. Et les populations qui sont exposées de plus en plus parce qu’elles n’observent plus ces mesures-là. Le lien direct entre lever des restrictions et l’infection, c’est une hypothèse que nous émettons. On appelle toute la population à ce qu’elle puisse maintenir ces mesures de protections individuelles. »

APECI : « Nous assistons lentement à l’augmentation du nombre des cas confirmés au coronavirus sur le continent. Même si nous sommes loin du cataclysme prédit par l’OMS, le pire reste-t-il à venir pour l’Afrique en générale et la Côte d’Ivoire en particulier ?»

Dr Yaméogo : « En ce qui concerne les prévisions de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour la région Africaine et pour la Côte d’Ivoire de manière particulière. Sachez que nous avons au niveau de la région Africaine fait une modélisation épidémiologique de la situation. L’OMS estime au niveau Africain qu’on pourrait s’attendre à près de 83.000 à 190.000 personnes mortes du Covid-19. On pourrait également s’attendre entre 29 millions et 44 millions de personnes dans la région africaine qui pourraient être infectées au cours des premières années de la pandémie. Si les mesures de confinement ou d’endiguement ne sont pas mises en œuvre ou bien ils ne sont pas efficaces.

APECI: La prévision du scenario cataclysmique sur la base de la modélisation que nous avons effectué au niveau régional. Qu’en est-il de la Côte d’Ivoire ?

C’est vrai que la Côte d’Ivoire compte une hausse progressive du nombre de cas comme dans les autres pays. Nous voyons une transmission communautaire. Faut-il s’attendre au pire pour la Côte d’Ivoire ?  Vous avez tous suivi que lorsqu’on a levé les mesures de confinement, on a observé jusqu’à maintenant un relâchement de l’application des mesures dites barrières par la population. C’est une préoccupation parce que les gens ne respectent pas les mesures barrières à 100%. Vous savez les mesures efficaces barrières que nous connaissons, c’est le port de masques faciales. Malheureusement, il suffit de prendre la rue vous voyez qu’il y a très peu de gens voire 50% de la population qui portent le masque dans les lieux publics. Cela est préoccupant. Ça veut dire qu’ on ne pourra pas arrêter la transmission communautaire. Ça veut dire que nous devons nous attendre à beaucoup plus de cas tant dans la région d’Abidjan qui est la plus infectée ainsi qu’à l’intérieur du pays. Nous pensons ici avec les recommandations que nous faisons au gouvernement, il va falloir renforcer ces mesures et veiller à l’application strict de ces mesures sur l’ensemble du territoire. Cela nous permettra d’éviter le scénario cataclysmique qui pourrait intervenir si des mesures n’étaient pas observées. »

APECI : « Combien de personnes ont été testées en Côte d’Ivoire ? Y’a-t-il suffisamment de kits de test ? Les chiffres reflètent-ils avec précision la propagation de covid en Côte d’Ivoire ? »

  • Le Représentant de l’OMS en Côte d’Ivoire : « Nous avons à ce jour 28522 de personnes qui ont été testée en Côte d’Ivoire à la date d’hier (mercredi 03 mai). Ça veut dire que nous avons pu analyser 28522 échantillons. C’est ce qui donne le chiffre que vous connaissez du nombre de personne touchée. Nous avons à ce jour 3110 positifs. Ce chiffre reflète la situation de ceux qui avaient des symptômes et se sont présentées dans les centres ou ceux qui étaient en contact avec des sujets infectés. Ce ne sont pas des chiffres de la population générale parce qu’en Côte d’Ivoire, on n’a pas fait un testing de la population générale. C’est sur la base ciblée soit on répond à des définitions de cas avec des symptômes ou soit on est dans une situation de sujets contaminés par contact ou dans une situation ou on a besoin de connaître son statut. C’est ce qui a mené à ce qu’on est à ce jour, depuis le 10 mars 28 522 tests covid qui ont été réalisée pour la Côte d’Ivoire. Il y a assez de test. Vous savez que le pays a travaillé dans l’extension du réseau de laboratoire et l’OMS particulièrement mon bureau ici travaille à ce qu’il y est une extension du réseau de laboratoires. Nous sommes partis avec un seul laboratoire qui est l’institut pasteur de Côte d’Ivoire. Nous sommes aujourd’hui à plus de trois laboratoires en plus de l’institut pasteur qui est à Abidjan. Nous avons six autres laboratoires régionaux qui sont repartis un peu partout à l’intérieur du pays. Également la région centrale comme Bouaké, avec le Centre Hospitalier Universitaire de Bouaké dont le laboratoire est désormais fonctionnel. Tout mis ensemble, on a autour de dix laboratoires qui sont aujourd’hui actifs et qui peuvent faire des tests de Covid. Nous appuyons le fonctionnement de ce labo en kit de réactif également en matériels de prélèvements. On n’a pas avec précision la prévalence réelle de la maladie en Côte d’Ivoire. Ça veut dire que n’ayant testé toute la population, on ne peut pas dire que voilà le taux de prévalence. Ce que nous avons comme chiffre ici concerne les cas suspects et les cas contacts pour lesquels nous avons pu faire déjà des prélèvements. »

APECI: Quels ont été les bénéfices des mesures prises en Côte d’Ivoire ? (Ont-elles fait baisser le taux de reproduction, nombre de vies épargnées) ?

  • Le représentant de l’OMS : «Pour ce qui concerne le bénéfice des mesures prises en Côte d’Ivoire, vous vous rappelez que les premières mesures du Conseil national de sécurité, était au mois de mars, il a été décidé de confiner la région d’Abidjan, de l’isolement d’Abidjan, de la fermeture des frontières etc., nous avons observé les semaines qui suivaient une réduction de l’épidémie. Depuis le 21 Avril, l’épidémie s’est limitée dans la région d’Abidjan. C’est l’une des bénéfices que nous avons notés dus aux mesures prises par le gouvernement. Également le commande de masque a contribué fortement à la baisse du taux de contagion. Cependant nous avons noté que le relâchement, que ce soit la réouverture des écoles, des universités, des restaurants et des maquis, la levée du couvre-feu, tout cela a amené une recolonisation de certaines régions du pays. Comme je le disais tantôt au début, c’est dû à la non application des mesures individuelles barrières. La population a compris que le fait qu’on ait levé un certain nombre de mesures signifierait la fin de l’épidémie.  Et c’est cela l’erreur. Malheureusement nous avons de plus en plus de cas qui sont notés au niveau des régions. »

APECI: « A vous entendre, Monsieur Yaméogo, le déconfinement et les relâchements des mesures barrières inquiète fortement l’OMS ? qu’est-ce que craint l’OMS ? »

  • Le représentant de l’OMS Côte d’Ivoire : « L’OMS avait donné un certain nombre de conseils aux pays. D’abord, observer une approche progressive en ce qui concerne l’assouplissement des mesures de restrictions. Cette approche progressive devait permettre de mettre en place un certain nombre de dispositions au niveau des pays. Notamment la transmission de la maladie doit être contrôlée afin qu’on puisse éviter rapidement l’augmentation du nombre de cas. On doit aussi au niveau des pays avant de passer au déconfinement garantir les capacités que nous appelons de santé publique de dépistage à grande échelle. Les capacités de décentralisation de la prise en charge soient mises en place. Avant de deconfiner, on a conseillé aux pays que toutes les structures de santé de l’ensemble du pays doivent avoir les capacités pour permettre de continuer à travailler, à fournir les services de santé de routine mais aussi des capacités pour gérer les cas de Covid. On a également conseillé aux pays les risques devaient être réduit au minimum dans certains milieux essentiels comme par exemple, les marchés, les écoles. Les lieux de travail notamment en facilitant la distanciation physique, l’hygiène des mains, utilisation des masques etc. Enfin il  a été conseillé aux pays avant de deconfiner, de faire en sorte qu’il y ait des contrôles qui soient mises en place au niveau des différents point d’entrée au pays et sortie et tout ce qui concerne les transports en commun. Ce sont des mesures qui devaient préalablement précéder le déconfinement. Lorsque nous observons maintenant donc ce qui s’est passé, nous pensons que l’approche progressive a été mal comprise par la population parce que la levée de certaine mesure, a entrainé rapidement un changement de comportement ; y a plus de cas alors la covid est finie. Malheureusement, c’est ce que nous entendons. C’est inquiétant effectivement, pas seulement pour l’OMS mais pour l’ensemble du gouvernement notamment au niveau du ministère de la santé, qui est que la non-observation de ces mesures est un facteur inquiétant qui pourrait amener un maintien de la transmission de la maladie. »

APECI: « Quels sont les facteurs qui semblent ralentir et rendre moins grave l’épidémie en Afrique subsaharienne par rapport à l’Europe ? »

  • Le représentant de l’OMS Côte d’Ivoire : « On n’a pas encore toutes les études. Il y a encore plusieurs études en cours. Il y a d’abord des faits qui disent que le fait qu’on a en Afrique une population plus jeune qu’ailleurs, montrerait qu’on est moins de cas grave. C’est vrai que quand on comprend la Cote d’Ivoire, on a 2/3 de la population qui a moins de 35 ans. Ça veut dire qu’avec une moyenne d’âge autour de 18 ans. Nous avons ici un certain nombre de faits qui montrent qu’on a moins de cas grave. Sachez que les cas graves qui conduisent à la mort sont notés chez les sujets âgés et les personnes qui ont des facteurs sous-jacents. Cela peut etre un facteur mais ce n’est qu’une hypothèse, nous n’avons pas encore toutes les évidences là-dessus. L’autre hypothèse serait qu’en Afrique, on fait beaucoup plus face à de nombreuses épidémies.  Il y a des études qui sont en cours pour démontrer est ce que y a une réaction croisée avec d’autres maladies comme le paludisme ou d’autres maladies parasitaires qui donneraient une certaine immunité à la population Africaine. Et là également, nous n’avons aucune évidence. Nous observons sur le continent africain 133000 cas africains et 3200 décès en Afrique. Ce qui est nettement inférieur a ce qu’on observe dans d’autres pays en Europes. Parmi les échantillons que nous utilisons, le taux de positivité est inférieur à 20%.

APECI : «  faut ressentir un malaise avant de faire le  test? 

Le Représentant de l’OMS en Côte d’Ivoire : « Le test est ouvert à toute personne parce que toutes personnes à droit au service de santé notamment le service de santé lié à la covid-19. Donc vous êtes éligible au test lorsque vous entre le besoin d’aller vous faire tester. C’est pour cela hier vous avez suivi dans la presse à Abidjan, nous avons ouvert le 11e centre de dépistage. Ce sont des centres ouverts à toutes populations. Sont également éligibles les sujets suspects ou veux qui ont été en contact avec une personne malade. Vous savez que vous ne pouvez pas avoir qui porte le virus ou qui ne le porte pas. Vous avez également que y a 80 % des porteurs de virus qui n’ont pas de signes de maladies ce que nous appelons les personnes asymptomatiques. En ce moment-là, nous vivons une transmission communautaire, toute personne qui de sentirait pas confortable et qui voudrait faire son test peut se rendre dans l’un de des centres dans la ville d’Abidjan. On ne refoule pas quelqu’un. Ya un enregistrement qui est fait.Je veux préciser que vous voulez, compte tenu du contexte, connaitre votre statut parce que vous êtes par exemple exposé ; vous faites un travail communautaire, vous empruntez les transports en commun, il y a un certain nombre de facteur qui vous expose à la contamination. A ce moment, je pense que vous êtes éligible. Ils vont vous faire le test et vous donner le résultat plutard. » 

APECI : « M. le directeur, quel est le risque d’acheter un masque médical dans la rue ? D’où viennent ces cache nez vue que les frontières sont fermées. Ce ne sont-ils pas les cache nez destinés à la population ? »

  • Le Représentant de l’OMS en Côte d’Ivoire :« En ce qui concerne les cache-nez, l’OMS a recommandé deux types de cache-nez que vous connaissez. Il y a le masque facial chirurgical qui est une espèce de petit tissu bleu, vert ou blanc qui protège le nez et la bouche. Et vous avez une autre espèce de masque qui est le M95 qui est de coq un peu plus bombé qui couvre également le nez et la bouche. Ça c’est les masques qui sont recommandé par l’OMS. L’OMS a également publié au mois de Mars des méthodes pour confectionner les cache-nez traditionnels grand public. Là-dessus, Il y a des indications, le type de tissu, les dimensions et comment il faut doubler le tissu, comment il faut faire les bretelles etc… Vu que plusieurs pays se sont lancés dans la production locale des cache-nez.  Ça fait que la base de ces recommandations et indications techniques, beaucoup se sont lancés dans la production locale de cache-nez. En Côte d’Ivoire, les cache-nez produits par les Gouvernement ont respecté les consignes prescrites par l’OMS. Ils ont également fait tester ces cache-nez par l’agence qui est en charge du règlement et de la conformité.  Ce qui est produit a grande échelle par les Gouvernement respecte les indications que l’OMS. Ce qui est vendu dans la rue, nous n’avons pas la certitude de la provenance. Nous vous conseillons de prendre les cache-nez domestiques qui viennent de la source du gouvernement parce que nous les avons homologués localement ou alors les masques recommandés par l’OMS que nous avons cités ».

APECI : « à quand le pic estimé de l’épidémie en Côte d’Ivoire. Et quelle est la contribution réelle des USA au budget de l’OMS (en réaction à la réponse du représentant pays) ? »

  • Le Représentant de l’OMS en Côte d’Ivoire : « En observant les tendances depuis le 12 Mars, date du premier cas nous sommes dans une phase d’état de la maladie. C’est à dire que nous vivons des plateaux avec de temps en temps des pics. On ne peut pas dire que nous sommes dans une phase ascendante mais nous vivons une transmission communautaire. Nous sommes dans un état de fait. Nous sommes en train de vivre une moyenne d’environ entre 50 et 80 cas par jour. On ne peut pas parler de pics. La transmission est soutenue, elle est communautaire et elle est maintenue. Il faut que nous insérions cette maladie dans la surveillance globale des maladies au sein de la population. Ne pensons pas dire qu’il y a pic à venir ou il y a un pic est passé. Nous sommes dans une phase de la maladie qui est évolutive et constante. Il faut renforcer les mesures pour réduire ce plateau pour qu’on baisse. Vous voyez que la moyenne est constante sur plusieurs semaines depuis le 12 Mars et Nous sommes en train d’observer.  En ce qui concerne la contribution des États unis, l’OMS a estimé au niveau mondial un besoin de 1. 740.000.000 $ pour pouvoir répondre efficacement a notre mission suite au retrait des Etats-Unis. Au niveau de l’Afrique nous avons lancé un appel pour avoir au moins 450.000.000 $ pour la région Africaine de l’OMS pour continuer à jouer notre rôle. Cet appel au donneur a été fait par l’OMS depuis le 26 Mai suite au retraité des USA.  Nous allons continuer à sensibiliser et inviter tous les partenaires à se mobiliser. On va refaire des allocations de ressources sur la base des priorités du moment afin de pouvoir répondre aux besoins que les pays posent au quotidien à l’OMS. » 

APECI : « Monsieur le Représentant, l’OMS fait face à une pandémie de covid-19 qui ravage le monde tel le tsunami. L’OMS s’était  elle préparée une telle éventualité ? Si oui lesquelles ? »

  • Le Représentant de l’OMS en Côte d’Ivoire : « Oui rappelez-vous qu’au mois de Mars l’OMS avait posté une déclaration qui disait que l’Afrique devait se préparer au pire. Donc cela a amené les Etats membres a non seulement renforcer leurs plans de ripostes sanitaires mais également les états membres à écrire un plan socio-économique. Lorsque nous regardons le prix de réponse sanitaire, il s’adresse justement aux populations les plus reculées. Pour la Côte d’Ivoire, dans ce plan de riposte nous avons impliqué les 33 régions sanitaires. Nous avons également impliqué les 113 districts de santé du pays. De quelle manière, l’OMS a-t-elle appuyé ? D’abord à ce que ces différents districts décentralisés puissent avoir l’information et puissent être formés. Nous avons appuyé le gouvernement à faire de la téléformation. Je peux vous dire qu’a ce jour nous avons pu former plus de 9000 agents de santé de l’intérieur du pays par le biais de la téléformation sur le covid-19. La téléformation sur le covid se déroulait à partir d’Abidjan où nous avons une plateforme de formation qui nous permettait de nous connecter, de connecter les agents de santé toute catégorie confondue de tous les pays, et qui nous permettait d’analyser en 3 heures du temps par jour des modules de formation sur le covid. Donc ça leur a permis de prendre des mesures pour la préparation et la riposte contre cette maladie de l’ensemble du pays ; Toujours pour le milieu rural, nous avons en plus des notes que nous envoyons en termes de note de sensibilisation, nous avons impliqué avec l’appui de l’OMS à 120 radios communautaires. Ces radios communautaires sont impliquées dans le passage de messages en cinq langues locales sur le covid pour renforcer la préparation. Vous savez qu’avec le déconfinement en Côte d’Ivoire que nous observons, il y a une baisse de la vigilance de la part des populations. La population a arrêté d’appliquer les mesures barrières, c’est inquiétant. Ça fait qu’on doit s’attendre avoir beaucoup plus de cas si on ne revient pas sur l’application stricte des mesures ; du port du masque, du lavage des mains, la distanciation sociale. A l’ouverture des maquis, on observait quelques respects de la distanciation. De plus en plus, on observe qu’il y a des regroupements autour des tables, dans les restaurants et les maquis, c’est inquiétant et ce qui est favorable a ce que l’épidémie puisse encore se propager à l’intérieur du pays. Nous donnons tous ces conseils au gouvernement qui en est conscient et nous pensons que d’autres mesures viendront pour améliorer ces mesures de préventions.

APECI : « Monsieur le Représentant de l’OMS, quel est l’avenir de l’OMS avec la menace du retrait ou de la suspension des USA   de sa participation aux financements au budget de l’OMS quand on sait que les USA représentent 15% du budget de l’OMS ? »

  • Le représentant de l’OMS Côte d’Ivoire : « L’OMS déplore fortement ce retrait qui pourrait sauver des vies notamment chez les personnes les plus démunis. Mais l’OMS est en train de se réorganiser. Il va de soi que nous allons nous passer de certains appuies, ce qui serait malheureux. Nous allons aussi rechercher des nouveaux bailleurs de fonds pour permettre à ce qu’on puisse continuer à offrir des services. Les financements donnés par les états membres continuent renforcer les capacités des pays. Ces financements que nous recevons nous les mettons à la disposition des pays sur la base des programmes prioritaires. Donc ce retrait des Etats-Unis va nous amener à redimensionner nos interventions. On ne va pas répondre à toutes le requêtes des pays. Je prends l’exemple de la Côte d’Ivoire. Nous allons devoir nous orienter vers d’autres priorités. Si on n’a pas d’autres financements ou d’autres bailleurs de fonds, il y aura un prix à payer en ce qui concerne la prise en charge des plus vulnérables. Et cela est regrettable. Mais nous souhaitons vivement que les Etats-Unis reviennent sur leur position. La mission de l’OMS est celle des états membres. L’OMS n’a pas un agenda caché. L’OMS conseille les gouvernements.

APECI: « A quand la fin de cette pandémie selon les prévisions les plus optimistes ? Êtes-vous d’accord qu’on doit apprendre à vivre avec ce virus ? »

  • Le Représentant de l’OMS en Côte d’Ivoire :« Je suis particulièrement d’accord qu’on doit apprendre à vivre avec ce virus en tant qu’épidémiologiste d’abord mais aussi en observant ce que nous faisons et ce qui se passe en termes de tendance de maladie en Côte d’Ivoire et dans le monde. Pour nous la covid-19, depuis décembre 2019, devrait être prise en compte dans le panier global de surveillance de toutes les maladies a potentielle épidémique que nous avons actuellement. Je veux parler de toutes les autres grippes, je veux parler de autres maladies virales comme la rougeole par exemple, je veux aussi parler d’autres maladies comme la méningite et pourquoi pas me paludisme avec lesquelles nous vivons tous les jours. Nous avons défini des seuils épidémiques pour chacune de ces maladies. Nous assurons la surveillance journalière, hebdomadaire et mensuelle. La covid19 doit rentrer dans ce panier de maladie dans les pays. En Côte d’Ivoire nous avons déjà commencé dès le mois de Mars à intégrer la covid-19 dans la base de données des maladies sous surveillances. Nous avons défini seuils épidémiologiques de la maladie par région, district. C’est désormais le mode de vie et nous allons observer et surveiller la maladie tout au long de l’année. Je ne pense pas qu’on pourra dire que on aura zéro cas dans un proche à venir mais la surveillance nous le montrera. Nous pourrons avoir une cassure de cette pandémie lorsque nous auront par exemple mis au point un vaccin et lorsque nous aurons trouvé un remède efficace. Parce que si on vaccine toute la population, on peut casser la pandémie et dire qu’il ya plus de pandémie. Vous avez suivi toutes ces épidémies de méningite en Afrique de l’Ouest. Il y a deux ans passés ou nous avons de forte mortalité. Mais aujourd’hui avec la vaccination, on ne parle plus de cette grande crise de mortalités liées à la méningite. La rougeole également a diminué dans les pays grâce aux vaccins efficaces. On doit accélérer la recherche en ce qui concerne le vaccin, En ce moment, on pourra dire la pandémie a disparu, y a moins de risque. On a plus de cas au niveau mondial. »

APECI : « monsieur le Représentant, Que pensez-vous de la reprise des vols internationaux ? Est-ce que toutes conditions sont réunis pour un résultat risque zéro ? »

  • Le Représentant de l’OMS : « A notre avis si nous mettons en place des mesures de contrôle aux points d’entrée de manières strictes avec de mesures de suivi de personnes a risques et de confinement les vols internationaux peuvent reprendre sans problème. Parce que ça soir les vols internationaux, par voies terrestres, ferroviaires, et maritimes, chaque pont d’entrée du pays, in doit y avoir un mécanisme de contrôle. Et la il y a des directives qui sont données par l’OMS et appliquées par le pays avant la fermeture d Denis frontières. A savoir la mise ne place des équipes, au niveau des ports, aéroports, par voies terrestres etc.… il faut des équipes 24/24 et 7/7. Ces équipes doivent être munies d’un certains nombres d’équipements ; caméras thermiques, un circuit des voyageurs qui est bien défini. Ne faudrait pas que lorsque les voyageurs arrivent, qu’ils se retrouvent tous dans le même hall avec un risque d’exposition. Tout cas suspect doit être isolé déjà au pont d’entrée. A l’aéroport international d’Abidjan, il y un centre de prise en charge qui est mis en place, Qui est aménagé avec m’appuie de l’OMS pour tous les cas suspects. Ils ne doivent pas aller en ville. A partir de là, ils sont redéployés vers les centres de traitement ou les centres de confinement qui sont à l’intérieur de la ville. Si tour cela est mis en place de façons rigoureuse, y compris les mesures d’assainissement d’hygiène individuelle, gels hydroalcooliques, masques, portes et aéroports, les vols internationaux peuvent reprendre sans problème.
  • Pour les résultats de surveillance à risque zéro, en ce qui concerne les maladies on ne peut pas dire qu’on surveiller la population a 100%. Il y a toujours des sujets qui vont échapper aux systèmes de surveillances. Nous avons vu des cas suspects qui refuse de se faire dépister. Vous avez vu également, les sujets contacts qui ont refusé le confinement, refuser d’être prélevés. Mais cela ne soir pas être alarmant si on sensibilise les individus qui échappent, on doit pouvoir rattraper et pourvoir répondre à la grande majorité.  Il également ce que nous appelons l’immunité de masses. A savoir que dans une population donner si on a plus 80% qui sont porteurs de la gerbe, les 20%restent deviennent autoanime. »

APECI: « Alors qu’on pensait que le débat sur la chloroquine était clos, on voit que l’Oms revient sur sa décision. Pourquoi la reprise des essais cliniques ? »

  • Dr Jean-Marie Vianny Yaméogo : « L’OMS effectivement est revenue sur sa décision de la suspension des essais cliniques concernant la chloroquine. Je vous donne un point de vue que nous avons ici. Certainement que cette mesure, dès le départ était basée sur la publication que vous avez tous lus qui montrait des effets nocifs en ce qui concerne l’utilisation de la Chloroquine. Lorsqu’on a une étude publiée par « L’Ancêtre », qui est une revue à grande renommée, lorsqu’on a une publication de la sorte, il faut toujours alerter l’opinion publique. C’est ainsi que l’OMS très tôt a dit suspendons les essais et essayons de voir ce que ça va donner. Il y a eu comme vous l’avez vu, une contre étude, car l’étude de « L’Ancêtre » était basée sur le principe « death data » qui prenait un certain nombre de données de manière brute. On a cherché à savoir la provenance de ces données au niveau des hôpitaux, et on n’avait pas de précision. Cela était dans le but de pouvoir refaire une étude et d’analyser. Vous avez suivi que le même journal est revenu dans ces deux derniers jours pour dire que la publication avait des insuffisances. C’est ce qui a amené l’OMS à revenir sur sa décision. On va reprendre les essais cliniques. Vous savez, c’est l’évidence que nous avons qui a été adopté par les états membres. L’essai clinique nous permet d’avoir des évidences scientifiques pour démontrer deux choses : D’abord l’efficacité du produit et deuxièmement l’innocuité du produit. Ne faudrait pas que ce que nous prenons, nous amène plus de maladies qu’on était bien avant la prise du produit. 

APECI : « Quelles analyses faites-vous des accusations qui sont portées contre votre institution dans la falsification des résultats des tests d’abord par le Madagascar et hier la Guinée Equatoriale qui a demandé à votre collègue de quitter le pays pour le même chef d’accusation ‘’falsification des résultats’’ le tout couronné par le retrait des USA de l’OMS ? » 

  • Le Représentant de l’OMS: « Nous suivons de près cette actualité. Je suis moi, représentant de l’OMS en Côte d’Ivoire. Ce que nous entendons, il y a des clarifications qui ont été demandées. Je pense que notre bureau régional est en en relation avec les autorités de ces deux pays pour comprendre les raisons et effectivement pour lesquelles on aboutit à ces types de décisions qui pour nous est malheureuse. Mais sachez que l’OMS est en train de travailler avec tous les Etats membres de la région africaine. L’OMS a 47 pays membres pour l’Afrique et tous les pays ont une valeur ajoutée dans l’apport et les conseils en matière de santé. Je pense que mon bureau régional est en train de travailler avec ces Etats ; Madagascar et Guinée Equatoriale pour mieux comprendre les déterminant et certainement revenir là-dessus.  Le retrait des USA, c’est une décision qui va jouer sur nos capacités de prise en charge de personnes vulnérables. Vous savez que la contribution du Gouvernement Américain était extrêmement importante lorsque nous partons sur des structures de santé et de système de santé fragile. Lorsque nous travaillons avec les cours sociales les plus démunis et les plus reculés, ça nous permettait de couvrir un certain nombre de besoins non-couvert dans certains pays. Nous déplorons en tant que OMS ce retrait des Etats Unis et nous souhaitons que les Etats-Unis puissent revenir sur leur décision pour nous permettre de jouer notre rôle et justement de pouvoir donner le maximum et notamment aux cours sociales qui sont les plus vulnérables. »

APECI : « De nombreux africains pensent que l’OMS est dans un deal avec les industries pharmaceutiques pour étouffer toute solution médicale contre le coronavirus venant d’Afrique. Quelle réponse pouvez-vous apporter à cela ? »

  • Le Représentant de l’OMS en Côte d’Ivoire : «je voulais d’abord vous situer le rôle de l’OMS. Vous savez que l’OMS a été créée par les états membres. Les états membres ont décidé donc après la deuxième guerre mondiale d’avoir un organe des nations unies pour les conseillers en matière de santé. LOMS a un rôle assez particulier parce que l’OMS est le secrétariat des états membres.  Ça veut dire que tout ce que l’OMS émet comme recommandation et résolution est dictée par les états membres à travers les organes. Le premier organe, c’est le conseil exécutif qui réunit un certain nombre de pays de manieres tournantes au rang ministériel. C’est eux qui votent les résolutions et qui sont appliqués après par l’ensemble des pays. Ces résolutions sont adoptées par le deuxième organe qui est l’assemblée mondiale de la santé qui se tient chaque année au mois Mai. Également, à laquelle participe tous les ministres de la santé des pays membres de l’OMS. L’assemblée mondiale entérine ce que le conseil exécutif a pris comme résolution. C’est encore les dispositions prises par les états membres. Cela mis ensemble, les états membres élisent les directeurs régionaux et les directeurs généraux de l’OMS. C’est un organe ou les Directeurs régionaux et au niveau sont élus par les ministres de la Santé. Contrairement à d’autres agences onusiennes ou les Directeurs sont désignés par un collège d’expert. C’est sur la base électorale et élective que les Directeurs sont élus. Fort de ce mandat global, l’OMS joue le rôle de secrétariat conseille les pays sur la base des résolutions qu’ils ont déjà arrêté eux-mêmes. Là-dessus, lorsqu’on vient au niveau pharmaceutique, les pays ont décidé de créer ce qu’on appelle un comité national d’éthique. Le comité d’Ethique dont fait partie un certain nombre de pays du monde, qui sont également membres de manière tournante. C’est ce comité d’éthique qui conseille l’OMS sur tout ce qui concerne l’acceptation ou non d’un produit qu’on doit homologuer. C’est à cet instant que lors des réunions qui se font au niveau mondial, comité d’éthique encore constitué des pays membres conseille l’OMS et disons les autres pays.  Lorsqu’on doit homologuer un médicament, le comité d’éthique donne le Protocol et demande à ce que ce produit passe par des tests de qualités ou des essais cliniques et tout un protocole qui est assez rigoureux.  A ce jour, l’OMS a déjà homologué plus d’une centaine de produits dont certains sont des produits traditionnels. Donc il ne peut pas y avoir une coalition entre une pharmacie et une firme pharmaceutique que ça ne vienne des tétas membres. Le Directeur Général de l’OMS Obéit à ces différents organes qui jouent le rôle de contrôle et de conseil »
  • SOURCE APECI

 

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