Accueil POLITIQUE Cavally/Désobéissance civile, violences, meurtres:  Comment des hommes politiques ont tenté d’embraser l’ouest

Cavally/Désobéissance civile, violences, meurtres:  Comment des hommes politiques ont tenté d’embraser l’ouest

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La quête de la paix est perpétuelle. La région du Cavally semble ne pas l’ignorer. Pour éviter de retomber dans le passé douloureux, elle a tenu bon face aux forces du mal.

Les intrigues de certains hommes politiques dans les affrontements intercommunautaires qui secouent des localités du pays est un secret de polichinelle. Mais de là, à tenter de manipuler certains chefs de village afin que les communautés s’affrontent paraît insensé pour le commun des mortels. C’est pourtant ce que certains responsables des us et coutumes ont connu dans des villes du Cavally. La maturité de ces garants de nos coutumes et les expériences vécues ont triomphé sur les idées macabres de ces marchands de la mort. Dans la ville de Péhé, dans le département de Toulepleu, le chef Dau Jacques n’a pas manqué de révéler l’entreprise funeste qui avait été minutieusement préparée pour mettre à mal la cohésion sociale. «Des jeunes ont été appelés à poser des barricades et commettre des actes délictueux dans le cadre de la désobéissance civile, lancée par l’opposition. Nous leur avons dit que lorsqu’on vous envoie, il faut savoir s’envoyer. Il faut aussi adapter les mots d’ordre aux réalités de votre localité», a-t-il expliqué.  Cet appel à la responsabilité des jeunes, à en croire le chef, n’est pas tombé dans des oreilles de sourds. «Les jeunes nous ont compris et se sont rendu compte que leur image est ternie du fait de l’histoire récente de notre région. Ils n’ont donc pas bougé d’un iota. Ici, l’élection s’est bien déroulée sans aucun pépin. Ceux qui devaient aller voter sont allés le faire dans le calme », s’est-il réjoui. Le chef Dau Jacques, évoquant ce qui s’est passé dans certaines localités, en l’occurrence au centre, à l’est, et au sud du pays, a souligné que le Cavally ne pouvait pas se permettre d’être encore un foyer de tension. «Le chien qui a vu la panthère et celui qui ne l’a pas vu n’ont pas les mêmes manières de courir. Nous avons vu cette panthère ; raison pour laquelle toutes les populations ont décidé de ne plus vivre de tels actes ignobles», a-t-il ajouté. Après avoir pris congé du chef de Péhé et sa communauté, quelques kilomètres ont suffi à l’équipe de reportage pour se retrouver à Zeaglo dans le département de Bloléquin. Le garant des us et coutumes de cette localité, le chef Benoît Gnoabou, a lui aussi dénoncé les hommes politiques tapis dans l’ombre qui attisaient le feu. «Les gens attendaient la réaction de Zeaglo avant de réagir. Sinon, il y a eu des appels de l’extérieur pour nous demander ce que nous attendons pour nous soulever. Nous leur avons répondu que nous attendons la paix», a-t-il révélé. Selon lui, la réaction de Zeaglo devait permettre à toute la région d’enclencher les hostilités. Mais, à l’en croire, lui et ses populations ont décidé de ne pas toujours présenter un cliché sombre de leur localité à l’opinion nationale et internationale. «Le nom Zeaglo avait une résonnance qui ne plaisait pas, partout où nous passions. Nous avons donc choisi de faire la paix. Les jeunes ont donc pris leur bâton de pèlerin pour aller convaincre toutes les couches sociales», a-t-il expliqué. Il a renchéri pour dire que des actions devaient être menées, mais qui ont été anéanties avec le concours de la jeunesse. «Elle a répondu favorablement à notre appel et toutes ces actions qui devaient être des actions négatives ont été annulées. La jeunesse a compris aujourd’hui. Les jeunes vivent dans des abris qui ont été construits par des Ong. C’est à la faveur de la guerre que leurs abris ont été détruits », a-t-il ajouté. 

Anne Ouloto, le catalyseur

Poursuivant, le chef a tenu à saluer l’implication directe de la ministre Anne Ouloto dans la recherche perpétuelle de la paix. «Il faut dire qu’elle a été un catalyseur de l’action de paix. Nous lui exprimons notre profonde gratitude pour l’aide qu’elle a apportée aux chefs traditionnels dans la recherche de la paix et dans le combat contre la violence. Elle a vraiment été d’un apport appréciable. Nous ne sommes pas étonnés et le peuple a compris son message. Ce message qui a amené ce peuple à comprendre beaucoup de choses», fait-il savoir. Si la jeunesse du Cavally, en particulier celle de Zeaglo est restée calme, à en croire le chef traditionnel, c’est parce que 2010 a été un enseignement. «La région de Zeaglo a enregistré près de 252 morts et beaucoup de dégâts matériels à cause des actions de certains hommes politiques. Qu’est-ce que la jeunesse a eu comme bénéfice de cette guerre? C’est pour cela qu’elle a dit : ‘‘plus jamais ça à Zeaglo’’. Des cadres ont appelé, mais les jeunes ont dit non, parce qu’ils vivent leur réalité. Ils ont dit qu’ils ne peuvent plus être des marionnettes et des moutons de panurge», a-t-il révélé.

Lassina Fofana, Envoyé spécial

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